Quels changements concrets le Life Long Learning impose-t-il à notre système éducatif ?

February 23, 2011 by Ino Simitsek   Comments (14)

Avec le Life Long Learning qu’est ce qui change pour l’école ? les enseignants ? les élèves ?

Pour répondre à ces questions, sans doute faudrait-il commencer par définir la culture informationnelle puis étudier comment celle-ci est perçue et maîtrisée par les adultes, les jeunes et l’école...

Le récent article de Bruno Devauchelle APPRENDRE À QUESTIONNER? QUAND SOCRATE PEUT ENCORE ÊTRE UTILE! (voir BOOKMARKS) évoque trois pistes.

 

Tout d’abord en ce qui concerne l’école, l’auteur nous propose de la transformer de lieu de « communication du savoir »  en un lieu de la « table du savoir» : " le lieu de la communication entre des hommes qui ont emmagasiné des connaissances à partir de la multiplicité de leurs récepteurs individuels. "


Pourquoi un tel changement ?

Tout simplement car il s’agit d’une vision d'une l’école qui plutôt que d’ignorer, cherche à faire du lien avec les savoirs que les jeunes acquièrent en dehors de l’école; une école qui répond aux besoins des jeunes.

En effet, l’article rappelle que “ Les TIC ont cette particularité d’être disponibles aussi bien dans le système d’enseignement qu’en dehors ” et surtout, souligne que c’est de « processus de structuration » dont ont réellement besoin les jeunes. En effet, “ Le sens des cours d’informatique ou de communication etc. n'apparaît pour les jeunes que s’il permet de comprendre des pratiques réelles non scolaires d’abord et s’il leur permet d’aller plus loin en les amenant à des pratiques « structurantes » et « analysées »; mais pas seulement dans ces cours mais surtout dans toutes les occasions d’usage. ”


Quel est le prix de ce changement ?

Celui de se diriger vers une école qui intègre pleinement le fait que le propre de la culture informationnelle  “ est de ne pas se satisfaire d’une connaissance théorisée et de nécessiter une pratique avancée régulière et surtout une forte capacité à « apprendre de l’expérience » ”.


 

LLL devrait effectivement faire partie des acquis des élèves à la fin de leur scolarité. Cependant il y a toujours eu des personnes autodidactes et d'autres qui ont besoin d'être poussées à travailler. De même peu de personnes sont capables d'acquérir des connaissances sans l'aide d'un mentor. La plupart des élèves actuellement, lorsqu'on les met devant un problème à résoudre attendent qu'on leur donne la solution et ne font l'effort par eux-mêmes, c'est d'ailleurs une des plus grosses difficultés à laquelles les enseignants sont confrontés à l'heure actuelle. On dirait même que au plus on essaye de les diriger vers LLL et au plus ils s'enferment dans un manque de confiance maladif.

De plus lorsqu'on voit les annales qui sont utilisées en France et qui existe presque depuis la nuit des temps, on pourrait penser que les étudiants français avec un système qui ressemble à LLL pourraient réussir tout leurs examens. Et pourtant...

Le prix du changement, plusieurs générations d'élèves sacrifiés jusqu'au moment ou peut-être on trouvera un moyen pour rendre l'être humain autodidacte.

Müller Sylvia 441 days ago

Salut Sylvia.

Je vais tenter de présenter une vision alternative (et provocatrice).

Les jeunes et les moins jeunes sont tout à fait capable de se débrouiller pour apprendre des choses difficiles sans l'aide d'un mentor attitré quand ils le veulent (marcher, parler, faire du vélo, apprendre les règles complexes d'un jeu, faire des peintures merveilleuses, négocier avec des amis, se débrouiller avec des parents difficiles,...). Si certains élèves attendent l'aide d'un prof quand ils sont à l'école, n'est-il pas que c'est parce que c'est ce que l'on les a appris à faire? Dans ce sens, si c'est vrai, l'école de ce type-là serait tout le contraire de LLL.

Pourquoi faut-il pousser certains à l'école et pas d'autres? Il se peut bien qu'il y ait des personnes de natures différentes face à l'apprentissage tel qu'il est pratiqué à l'école, mais tout le monde est capable d'apprendre de lui même dans la vie. N'y a-t-il pas une question de motivation? Et cette motivation ne relève-t-elle pas du sens des activités pour chaque personne? Beaucoup des activités programmées à l'école sont sans sens (en dehors de la course aux notes) pour les élèves. D'ou la boutade dans laquelle un  enfant répond à la question: qu'as-tu appris aujourd'hui? en disant: Rien j'était à l'école....

Tu fait miroiter la crainte de sacrifier plusieurs générations d'élèves sur l'autel d'une expérimentation hasardeuse. L'école que ma génération a dû subir avait énormément de défauts mais nous avons survécu et pas mal d'entre nous ont réussi notre vie.

Alan McCluskey 441 days ago

Inné ou acquis, continuons dans la provocation. On ne sait pas très bien si un enfaint apprend à marcher ou si c'est déjà inscrit dans ses gènes depuis l'apparition de la bipédie. Quoiqu'il en soit, il y a certainement une part d'apprentissage par imitation, donc en regardant un mentor qui sait le faire et des parents aimants qui l'aide.L'enfant apprend dans ce cas en faisant des erreurs et un mentor sera là pour l'aider à corriger les erreurs. Même dans ce cas, l'enfant n'est pas seul face à un ordinateur. Parler, la même chose, c'est parce que ses parents corrige les erreurs qu'il apprend, ça ne vient pas tout seul.

Il est vrai que certains sont fait pour l'école tel qu'elle est à l'heure actuelle et d'autres pas, ils doivent effectivement entrer dans un certain moule pour pouvoir s'en sortir à l'école et l'école ne fera certainement pas tout pour eux dans la vie. Mais il ne sera certainement pas possible de faire une école qui convienne à tout le monde. Dans ton projet, il faut tout remodeler depuis la plus petite enfance, y compris ce qu'ils vivent à la maison et comme le métier de parent ne s'apprend pas sur les bancs de l'école, mais que chacun fait au plus prêt de sa conscience.

L'école que nous avons vécu ne nous a en effet pas tuer, alors essayons de l'améliorer en connaissant ces défauts actuels.

Müller Sylvia 440 days ago

Hi Silvia. Re-readng Ino's initial questions, her interest centres not so much, as we have been debating here, on helping learn what is learnt elsewhere but rather on the role school can play in helping understand the learning by experience that goes on outside school and thus improving it. Clearly such questioning challenges school in that that sort of learning is not officially how one learns at school. School has its own practices of learning. It would be interesting here to refer to ideas about developing practices that come from writings of people like Etienne Wenger on communities of practice. Practices (i.e.structured  ways of working or doing things) are constructed within a group and are often specific to that group. The question that raises for me is, are the practices of learning learnt within the school "community" transferable to other communities elsewhere in life? It is this fundamental question that Ino is asking: to what extent are learning practices developed in schools (or universities) adapted to learning (in other "communities of practice") throughout life?

It is an exciting question! But it is also one that fundamentally challenges current learning institutions. Why? Because, seen in terms of communities of practice, practices are the central pillar of the identity (and the existence) of a community and through it something of the identity of individuals in the community.

Wenger, E. (1998) Communities of Practice. Learning, Meaning and Identity, Cambridge: Cambridge University Press.

Alan McCluskey 440 days ago

Lydia si vous comprends bien le LLL est un ensemble de moyens afin de rendre l’homme autodidacte...

Pourquoi faudrait-il sacrifier plusieurs générations d’élèves ?

Déjà aujourd’hui, à l’école, ne pourrions nous pas travailler à faire des liens avec les savoirs autodidactes que les jeunes développent en dehors de l’école. Un savoir se transforme en connaissance que s’il est utilisé non pas dans des exercices systématiques mais dans des situations complexes... Si l’école n’offre pas cette possibilité de transformation alors ne risquons-nous pas de passer à côté du potentiel autodidacte des jeunes et comme le dit Bruno Devauchelle dans son article voir les jeunes ignorer l'école ? “Les TIC ont cette particularité d’être disponibles aussi bien dans le système d’enseignement qu’en dehors, il est très regrettable que l’on ne profite pas de cela pour faire du lien, et préférer trop souvent une opposition, voire dans certains cas un mépris…. Or les jeunes sont en train de rendre au système scolaire un retour assez juste de cette opposition : ils l’ignorent…”

Aussi, je suis d’accord avec vous qu’il y a toujours eu des personnes autodidactes et d’autres qui ont besoin d’être poussées pour apprendre...
Cependant n’oublions pas que cela est vrai aussi bien pour les élèves que pour les enseignants: “Interrogeons les enseignants du secondaire et du supérieur sur leur sentiment de maîtrise des TIC, mais aussi de l’environnement informationnelle et de la culture associée (information literacy…) et l’on se rendra rapidement compte qu’ils rivalisent souvent avec leurs élèves mais dans un autre sens : si souvent ils se sentent apte à maîtriser cet environnement, quelques mises en situation nous révèlent rapidement qu’une grande majorité reste très démunie et n’a, comme les élèves que des compétences de surface. Car les contextes sont nouveaux : non seulement il y a la maîtrise technique, mais aussi il y a la gestion dynamique de l’information et de la communication.”

Ino Simitsek 439 days ago

Bonjour Ino,

Je suis entièrement d'accord avec vous concernant les enseignants, la pratique du LLL est inexistante. Chez les enseignants, même la formation continue est souvent absente. Les raisons sont à mon avis les suivantes:

- manque d'encouragements, voir empêchement par la hiérarchie de faire de la formation continue, ce qui n'empêche pas qu'ils pourraient pratiquer le LLL.

- A partir du moment ou ils ont un poste de travail, il n'y a aucune motivation pour pratiquer LLL dans leur métier puisqu'il n'y a aucune possibilité de faire autre chose que être dans leur classe chaque jour avec des élèves pas toujours faciles. Ils préfèrent donc pratiquer LLL dans leur vie privée pour le sport ou les arts et ceci n'est pas visible dans leur travail.

Pour les élèves, ils sont jeunes et la plupart pratique très bine LLL dans leur vie privée et à nouveau pas en lien avec ce qu'ils font à l'école.

Autrement dit, il y a un décalage très important pour les enseignants et pour les élèves entre le lieu de travail (l'école) et la maison. C'est une communauté d'apprentissage qui se réuni dans ce but et qui oublie l'extérieur quand ils sont ensemble.

Génération sacrifiée, car l'école a pour habitude actuellement de ne pas arrêter de changer, et il n'y a plus aucune sérénité dans l'enseignement. Cette ambiance est gravement préjudiciable pour l'ensemble de la communauté d'apprenant dont une partie sont des adolescents en construction et donc fragile.

Müller Sylvia 439 days ago

Sylvia, en répondant à Ino, tu soulignes le fait qu'il existe une fossé entre l'école et l'extérieur en ce qui concerne l'apprentissage. Ceci est tout autant vrai  du contenu de l'apprentissage que de la façon d'apprendre. Si l'école doit évoluer d'un dispensaire de connaissances vers un lieu ou on apprend à apprendre, l'école doit nécessairement  se pencher sur d'autres pratiques d'apprentissage que celles officiellement utilisées à l'école. 

Si l'école devient un lieu de développement et d'expérimentation des pratiques d'apprentissage, celui ou celle qui doit accompagner ce travail doit également être un connaisseur de ces pratiques. J'avoue que l'école actuelle semble très loin d'une telle vision. Elle reste encore largement centrée sur véhiculer des connaissances, et, comme tu le soulignes, beaucoup d'enseignants ne souhaitent pas approfondir leurs pratiques d'enseignement ou d'apprentissage. C'est pourquoi le travail que nous faisons ici sur L4D et sur le séminaire en ligne est très important parce qu'il permet de mettre en évidence et d'expérimenter des façons différentes d'apprendre.

Alan McCluskey 439 days ago

Merci Alan, j'esperais bien que tu rentrerais dans cette problématique. Il faut que je prenne du temps pour aller voir le séminaire.

Je crois/ j'espère, que à l'heure actuelle la plupart des enseignants se posent des questions sur leur connaissance dans les "pratiques d'apprentissages". Ne pense pas qu'un enseignant qui est confronté à 250 étudiants par semaine peut ne pas se poser des questions. Un enseignant qui a plusieurs années d'expérience a eu le temps d'observer toutes ces pratiques et d'en tenir compte dans la mesure du possible dans son enseignement. Malheureusement ce que je disais un peu plus haut, ce qui convient à un étudiant, ne conviendra pas forçément à son voisin. De ce que j'observe, à l'heure actuelle, le plus important pour nos étudiants est d'obtenir leur diplôme, car c'est le seul moyen pour eux de continuer plus loin (Tu vas me parler du portfolio...). Dans ce but, l'immense majorité des élèves se sentent plus à l'aise et sont plus assurés de réussir dans une école traditionnelle, ça rassure également les parents dont le poids est très important.

Müller Sylvia 438 days ago

Lydia, je pense qu'une autre raison pour laquelle les enseignants manquent de pratiquer le LLL c'est parce que cela n'est pas facile: vouloir changer, changer et faire durer le changement sont trois choses difficiles quel que soit le contexte. Tout comme résister à ne pas reproduire ce que nous connaissons et pour cela nous rassure: l'école de notre enfance, est difficile. 

 

Ino Simitsek 437 days ago

Eh ! Oui, je crois que tu as parfaitement raison, il est tellement plus facile de reproduire ce qu'on connaît que de ce remettre en question... L'être humain est un grand paresseux plein de peur irraisonnée !

Müller Sylvia 428 days ago

Chère Ino, je ne peux accepter l'affirmation que les enseignant-e-s manquent de pratiquer le LLL. Il suffit d'interroger ma pratique personnelle pour me rendre compte que j'ai changé, que ma pratique a changé, que le contexte de mon travail a changé. Je ne pourrais d'ailleurs plus faire ce que je faisais il y a 25 ans. Le contexte social, légal, professionnel ayant changé je suis contraint de m'adapter, d'évoluer dans mes perceptions, mes savoirs, mes pratiques. Mon réseau social a changé aussi de part les circonstances de la vie et du temps qui passe...

Je ne sais pas s'il faudrait mieux expliciter ce que tu entends par LLL pour pouvoir répondre au mieux à la question initiale qui est: "QUELS CHANGEMENTS ... sont IMPOSES au système éducatif".

Mais j'ose esquisser une amorçe de réponse.

Pour amplifier la VITESSE du changement imposé au système éducatif il faut RALENTIR le rythme de travail imposé aux acteurs. Le seul moyen d'arriver à partager mes savoirs, à communiquer avec mes pairs, à analyser mes pratiques... à me former, est d'avoir "l'espace" de le faire. Il s'agit donc d'un choix de société, d'un choix politique, de décider que le monde peut aller vers "moins vite" pour "faire mieux".

Les compagnons et les francs-maçons nous ont donné de fameux exemples de LLL pour arriver très loin dans la quête infinie de la perfection.

 

Pierre-François Jeannerat 428 days ago


Cher Pierre-François, qu'est-ce-que le LLL ? Je n'ai malheureusement pas de réponse complète ... et t'avoue être à la recherche de cette réponse.
La vidéo de François Taddei "Pour un nouveau modèle d'éducation" que j'ai ajouté en bookmark contient sans aucun doute pour moi des éléments de réponse. J'aime son idée  que  l'« On forme des gens dans un monde qui ne sera pas celui dans lequel ils interagiront ». Tout comme souligner l'urgence de réfléchir " à comment aider nos enfants à inventer le monde de demain,
et pour cela à leur donner les moyens c'est-à-dire de construire une nouvelle école,
de nouvelles universités qui soit ouvertes
à tous les citoyens qui doivent en permanence remettre à jour leur connaissances" me parait important.

Ino Simitsek 427 days ago

HI Ino.

What is LLL? The obvious answer is learning throughout life as opposed to learning at specific moments only.

The difficulty comes with how the concept of LLL is approached by authorities and learning institutions. When you read what they write about the subject you realise that they see LLL in terms of how they generally approach learning. This often involves an expert driven system rather than a learner driven approach. From their perspective, experts define what is to be done (like in ongoing training) and validate results (certification, exams etc.). Even informal learning which is learner driven and is not amongst the palette of accepted learning practices is approached, through policies on LLL, in terms of that learning being validated by experts. Now this expert-driven approach to learning is part of the hidden curriculum in learning institutions. I have written about the hidden curriculum in schools: Nine lessons of schooling ... or why school isn't what you think it is.

I put forward an alternative approach to learning throughout life which is not tributary to the existing silos of learning. Learning is an activity that consists of developing knowledge or ways of working that are new to the person and that are needed within the context of a wider activity. In other words, meaningful learning is always embedded in other activities. Now learning institutions seek to isolate learning (especially in schools) from the activities that give that learning its sense. I would postulate that in doing so, it ceases to be learning. What's more, the fact of separating learning from the activities into which it would normally be embedded, causes serious motivational problems on the part of those supposed to be learning. 

LLL can then be seen as putting learning back where it belongs as an integral part of wider activities that give that learning both sense and direction. 

Alan McCluskey 427 days ago

Bonjour à tous,

Pierre-François, j'aimerais être d'accord avec toi, mais es-tu certain que si on laissait le temps aux enseignants de faire de la formation continue, ils iraient d'emblée par eux-mêmes ? A l'heure actuelle, je crois que ça fait plutôt partie des corvées obligatoires pour la plupart d'entre eux.

Müller Sylvia 426 days ago