Les transhumanistes et les enfants 5.0

 

Adrien Faure étudiant en philosophie Université de Genève //adrienfaure.blog.tdg.ch 12.12.2018
   
   
   
   
 
 
 
                                                    
Nanotechnologies, biotechnologies, informatique et technologies cognitives (intelligence artificielle et robotique) progressent ensemble depuis cinquante ans et convergent à présent pour donner naissance aux rêves des transhumanistes: régénération des organes, culture d’organes artificiels pour remplacer nos organes déficients, injection de nanorobots pour réparer et éliminer la formation de tumeurs, manipulation de la télomérase (enzyme prévenant l’usure des chromosomes) et amélioration génétique des enfants par séquençage ADN des embryons et sélection de ceux présentant les caractéristiques souhaitées sont ainsi quelques-uns des projets en cours. Aux rêves enthousiastes des transhumanistes répondent les réflexions des bioéthiciens.

Devrions-nous aspirer à l’immortalité? Selon Nick Bostrom, stopper le processus de vieillissement est un impératif moral et chaque minute qui passe voit mourir des innocents, victimes de notre lenteur à développer les technologies nécessaires à les sauver. Dans une optique toute différente, Leon Kass nous avertit que notre mortalité est nécessaire à la création esthétique et à l’excellence morale. Ce serait en effet notre finitude, et la conscience de notre finitude, qui seraient la source de notre capacité à créer nos plus sublimes œuvres d’art, tout comme celle de notre capacité à vivre selon la plus haute vertu.

Avons-nous un devoir moral envers nos enfants à les améliorer génétiquement pour leur offrir les meilleures perspectives de vie possible? Selon Robert Nozick, les parents devraient avoir le droit de décider des caractéristiques génétiques de leurs enfants, piochant à leur gré comme dans un supermarché génétique. Une telle liberté permettrait en effet selon lui de favoriser la diversité dans les options génétiques retenues. A contrario, Michael Sandel nous met en garde contre le fardeau que nous mettrions sur le dos de nos enfants. Car si leur moi n’est pas un résultat biologiquement arbitraire découlant d’une loterie génétique, mais la construction raisonnée d’une entité conçue sans le moindre dysfonctionnement naturel, alors nous leur léguons le fardeau d’une responsabilité plus vaste que celle qu’aucun humain n’a jamais dû supporter.

Un monde peuplé de post-humains est-il possible et désirable? Pour Francis Fukuyama, le projet transhumaniste menace nos démocraties égalitaires et libérales, car les post-humains, objectivement supérieurs, pourraient rejeter toute obligation envers nous, voire pire, nous asservir et réinstaurer une société de castes. John Rawls voit quant à lui dans l’augmentation des capacités des post-humains une aubaine pour le reste de l’humanité. Cette nouvelle aristocratie naturelle pourrait en effet se révéler comme un acteur économique particulièrement efficace et productif, à même de créer des richesses qui profiteraient, directement ou indirectement, aux membres les plus défavorisés de la société.

Tels sont quelques-uns des enjeux éthiques auxquels la révolution transhumaniste nous confrontera pendant ces prochaines années.

Devrions-nous aspirer à l’immortalité ?