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Ino Simitsek |
Dans la semaine 3, après avoir identifié les obstacles liés à l’introduction des capacités transversales telles que définies par le PER, nous sommes venus à imaginer l’école du PER, l’école de demain ou école du futur. De nombreuses idées ont émergé. Parmi elles:
- Les 6 scénarios de l’OCDE sur l’école du futur ont été rappelés, nous menant à nous poser la question de l’émergence d’un scénario plutôt que d’un autre. - L’impact des ICT sur l’école prend la forme d’une véritable révolution. Cette dernière nous condamne à inventer de nouveaux concepts comme celui duLearning 3.0 et de la pédagogie digitale. - Une grille horaire évolutive sur les 30 ans prochaines années a été proposée. Elle donne progressivement une part de plus en plus importante aux capacités transversales. Elle trace le passage de l’ére disciplinaire, à l’ère interdisciplinaire pour arriver à l’ère transdisciplinaire La dernière semaine de la discussion est consacrée à la synthèse. Qu’est-ce qui ressort de cette discussion ? Quel pas avons-nous franchi ensemble ? Bonne semaine
Votre animatrice
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Hanna Muralt Müller |
Bonjour à tous Ino, ton résumé me plaît beaucoup et m’encourage à contribuer pour la synthèse. Il me manque dans ton résumé une idée comment on peut promouvoir des changements. Pendant mes études de l’histoire j’ai été impressionnée de voir que parfois de petites inventions ont eu des conséquences, même révolutionnaires. Il y a toute une discussion sur la thèse que l’invention du l’étrier a rendu possible le guerrier sur le cheval que est au début du féodalisme. The thesis is about the direct causal relationship between the adoption of the stirrup for cavalry and the introduction and development of "feudalism" in Carolingian France. Ici le lien pour poursuivre le débat: http:/ Ce n’est pas le seul exemple que nous montre l’histoire. La liste est longue des innovations ou des petit changements qui ont eu de grand effet, presque inaperçu au moment et pas réfléchis plus tard. A mon avis, il faut chercher « l’étrier » pour changer l’enseignement. Et il y a des moyens semblables : les nouvelles technologies. J’insiste sur les vidéos mentionnés dans ma contribution il y a quelques jours. C’est simple de faire voir des vidéos à la maison et d’avoir plus de temps en classe pour approfondir le savoir, l’appliquer le savoir et d’en discuter en groupes. Et, sans que l’on s’aperçoît, beaucoup a changé, l’attitude de l’enseignant vis-à-vis des étudiant(e)s. Si les enseignants utilisent les nouvelles technologies pour explorer le monde en dehors de la salle de classe – beaucoup va changer, presque inaperçu. Hanna |
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Ino Simitsek |
Voici un lien sur un excellent article que je viens de découvrir. Il s’intitule: “Rythmes scolaires : pour une dynamique nouvelle des temps éducatifs”( Agnès Cavet, Dossier d'actualité n°60, février 2011). Il décrit pourquoi l’école est prisonnière de sa gestion du temps. De nombreux travaux critiques qui analysent l'organisation du temps dans l'institution scolaire y sont mentionnés. Voici quelques phrases clefs que j’ai relevées: « Une des dimensions les plus périmées de l'enseignement secondaire est certainement son utilisation du temps, puisque l'institution éducative a adopté et imposé tout au long de notre siècle le même concept de temps, tout en fixant continuellement des objectifs nouveaux » « un rythme du temps calqué sur celui du monde du travail (pour l'élève, l'idée de faire ses heures l'emporte sur le sens de sa présence) ; un rythme du temps mécanique et répétitif qui permet à chaque établissement scolaire [...] de s'identifier à un tout institutionnel rassurant et mimétique, malgré une énorme diversité de situations et d'objets de production ; un rythme du temps calqué sur la division du travail en une succession de tâches simples consécutives (tranches de savoirs, tranches de cours de 50 minutes) dans lesquelles la division du temps (l'horaire) apparaît plus comme une contrainte rituelle que comme une ressource ». « Mais le temps, principale ressource des apprentissages, est par conséquent indisponible, au sens où personne ne peut en disposer puisqu'il est au service d'autre chose l’organisation pédagogique de l’école se heurte à un modèle unique » L’auteur en vient à proposer de changer le temps pour changer l’école: « C’est parce qu’on se représente [l’emploi du temps] comme une grille infranchissable que toute réflexion, toute invention sur une utilisation nouvelle semble bloquée et que l’on procède de façon administrative, que l’on dresse un emploi du temps figé et immuable » Des travaux prospectifs qui envisagent de nouvelles modalités d'aménagement du temps et des rythmes scolaires sont résumés. Certains de ces travaux évoquent le principe du temps mobile: « [...] durée des cours variables, entre 1h et 4h selon les besoins pédagogiques ; concertation des enseignants sur la planification du programme respectif de chaque discipline, pour faire coïncider des temps propices aux approches transversales ; dans toutes les disciplines, réservation de 15% du temps pour le « travail à rythme individuel », que les élèves réalisent seuls ou en petits groupes; implication de chaque élève dans l'élaboration de son propre emploi du temps de la journée. » Enfin, d’autres travaux prospectifs insistent sur la nécessité de mettre le temps scolaire en synergie avec les autres temps éducatifs:« si l'on veut faire progresser l'école, c'est paradoxalement sur le hors-scolaire qu'il faut travailler » [...] l'idée d'un « temps de reliance éducative » La reliance éducative « permet effectivement de penser l'élève au centre du système éducatif ». Elle est centrée sur la synergie qui permet de « donner une unité à des actions et à des champs éducatifs hétérogènes ». C'est pourquoi Sue l'envisage comme un « synchroniseur éducatif ». Cette approche suggère que l'école décentre ses prérogatives et ne se pose plus comme « instituteur du savoir dans une société censée en manquer » mais plutôt comme « passeur de savoir dans une société qui en déborde » ; que le temps scolaire devienne un temps permettant d'intégrer et de mettre en perspective des savoirs préformés et expérimentés hors de ses murs. « Pourquoi ne pas considérer que le cursus éducatif reconnu, évalué et certifié, résulte de la juxtaposition de différents temps sociaux comme, par exemple, l'initiation au travail en entreprise, la participation à une junior association, certaines formes de loisir et enfin le temps de l'école elle-même, qui ne serait plus alors qu'un temps de l'éducation parmi d'autres ».
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Ino Simitsek |
CAPACITES TRANSVERSALES : UNE ANALYSE DE NOS PRATIQUES
Notre point de départ a été de procéder à une analyse de ce qu’ont été nos pratiques dans le domaine des capacités transversales telles que définies par le PER soit: la collaboration, la communication, les stratégies d'apprentissage, la pensée créatrice et la démarche réflexive... De là, nous avons commencé à imaginer nos pratiques à venir, celles du PER, celles qui “s’inscrivent dans une volonté de réussite scolaire et représentent une part importante du bagage dont chaque élève devrait être muni au cours de sa scolarité obligatoire en vue de son insertion scolaire et professionnelle.” (PER Cycle 3 Version 2.0, Présentation Générale p 35)”.
DES CONDITIONS PARTICULIERES Il est ressorti que les capacités transversales requièrent des conditions d’applications autres que celles nécessaires à un cours classique. Parmi elles, selon le scénario pédagogique choisi: celle de créer des situations aussi réelles que possible ; de faire appel à plusieurs disciplines; de travailler avec un petit groupe d’élèves ; de favoriser l’expérimentation; de donner le choix aux élèves de partir d’un sujet qui les intéresse ; pour l’enseignant, de jouer le rôle du mentor ; d'élaborer des scénarios plus poussés avec une portée sur le long terme etc.
DES CAPACITES INDIVIDUELLES PLUS DIFFICILES A DEVELOPPER De plus, dans nos pratiques nous avons parfois eu tendance à privilégier une capacité plutôt qu’une autre. Si nous possédons déjà une expertise en matière de communication et de collaboration, il nous est plus difficile de décrire nos pratiques concernant les capacités transversales d’ordre individuel telles que les stratégies d’apprentissage, la pensée créatrice et la démarche réflexive.
L'ABSENCE D'EVALUATION L’évaluation chiffrée conçue pour mesurer l’acquisition de savoirs spécifiques se prête peu à l’évaluation du niveau de développement des capacités transversales. Pour le PER, les capacités transversales "ne sont pas enseignées pour elles-mêmes [...] elles ne sont pas déclinées en objectifs d'apprentissages et ne sont pas évaluables pour elles-mêmes". En l’absence d’une évaluation qui leur soit propre, il est difficile de ce situer par rapport à ce qui est acquis et de ce qu’il reste à développer. Ceci, aussi bien pour les élèves que pour les enseignants.
Enfin, les capacités transversales placent l’enseignant face à une nouvelle contradiction. Celle de faire coexister la mission “conservatrice” de l’école: transmission des savoirs, de certaines valeurs éprouvées et le développement de capacités transversales comme la pensée créatrice qui elle, implique de suivre ses propres idées, de faire confiance à ses impulsions, de choisir soi-même ses stratégies, de se libérer des conventions et des stéréotypes etc.
Ces différents points ont entraîné une réflexion qui a abouti à la recherche de solutions.
CAPACITES TRANSVERSALES : VERS DE NOUVELLES PRATIQUES
S'EVALUER POUR PARTAGER : « MONTRE MOI TA CLEF » Une clef d’évaluation qualitative a été proposée. Elle est applicable aussi bien pour les enseignants, les apprenants qu’une institution. Elle définit quatre niveaux de pratique d’une capacité transversale: l’émergence, l’application, l’intégration et enfin la transformation. Cette clef d’évaluation qualitative à la qualité d’être simple. Elle peut favoriser aussi bien des prises de conscience que des échanges constructifs.
DE LA NECESSITE DE PRATIQUER ET DE PARTAGER A propos des capacités transversales, nombreuses sont les pratiques restant à être inventées ou à être confirmées. De plus, l’enjeu qu’impose le PER est de taille: de préoccupation de quelques enseignants isolés, elles doivent devenir préoccupation de l’ensemble du corps enseignant. En effet, les capacités transversales font parties du projet global de formation de l’élève au même titre que la formation générale et les domaines disciplinaires. Il s’agit donc de ne pas ne pas laisser les capacités transversales dans le « ghetto » des disciplines. Pratiquer et partager en continue devient donc plus que jamais une nécessité. A nous d’être à l’afflux des moyens de le faire. Appartenance à des communautés de pratiques, participation à des réseaux sociaux thématiques deviennent des conditions nécessaires à la création d’une véritable dynamique collective autour des capacités transversales.
CAPACITES TRANSVERSALES : L'ECOLE
D'une réflexion au niveau individuel nous sommes progressivement passé à une réflexion au niveau de l’ensemble c’est-à-dire de l’école.
OBSTACLES POTENTIELS Nous avons tout d’abord identifié les obstacles auxquels l’innovation " capacités transversales au sens du PER” seront sans doute confrontées. Ces derniers sont nombreux: l’obstacle administratif (cloisonnement des disciplines) ; les réticences du corps enseignant (réflexes corporatistes, “ghetto des disciplines”); l’attitude des élèves (leur préjugés face aux capacités transversales, leur volonté d’assurer la réussite à l’examen); l’évaluation (actuellement le niveau d’investissement est fonction de l’évaluation). La principale difficulté étant de comment faire coexister ce qui est établi: les disciplines cloisonnées, l’évaluation chiffrée avec le nouveau: le développement des capacités transversales, l’approche pluridisciplinaire.
VERS UN CHANGEMENT STRUCTUREL Du constat que le découpage du temps scolaire ne se prête pas forcément à l'organisation d’activités qui permettent de développer les capacités transversales, que les périmètres disciplinaires isolent les étudiants dans des classes, gênent le travail inter-disciplinaire nous en sommes arrivé à proposer une nouvelle grille horaire évolutive sur les 30 prochaines années. Elle donne progressivement une part de plus en plus importante aux capacités transversales sous forme d’activités dites “hors école” c’est-à-dire d'activités pour lesquelles le temps et le lieu sont flexibles. Elle trace le passage de l’ère disciplinaire, à l’ère interdisciplinaire (phase 1 et phase 2) pour arriver à l’ère transdisciplinaire. Les capacités transversales nous sont ainsi apparues comme porteuse d’un changement structurel de l’école puisqu’elles impliquent de s’attaquer à ce qui rend le système immuable: la division en tranches horaires et en disciplines cloisonnées...
UNE INNOVATION PORTEE PAR L'ENSEIGNANT Aussi, nous avons convenu du fait que l’innovation “capacités transversales au sens du PER” repose sur les enseignants. Au fond, c’est à eux que revient le rôle de trouver comment donner davantage d'espace et de réalité aux capacités transversales. Si de nombreux exemples d’initiatives de ce type existent de par le monde, il a cependant été souligné qu’il est “maintenant nécessaire de se demander comment les instituts de formation des enseignants peuvent et doivent équiper les nouvelles cohortes d'enseignants pour pour la tâche qui les attend”.
CAPACITES TRANSVERSALES: LA CLEF DE VOUTE D'UN CHANGEMENT Enfin, rappelons que nous nous sommes à plusieurs reprises posé la question de comprendre qu’est-ce qui fait que les capacités transversales occupent une place centrale dans le PER et d’une manière plus générale, qu’est-ce qui a changé et qui affecte tant l’école romande. Il a été dit qu’une partie de la réponse réside dans le fait qu’aujourd’hui nous formons des gens dans un monde qui ne sera pas celui dans lequel ils interagiront. Aussi, les capacités transversales telles que définies par le PER sont parties intégrante des principes fondamentaux pour l’apprentissage des élèves du 21ème siècle. Qu'est-ce qu'alors le 21ème siècle ? Un grand moment dans notre discussion a été la découverte de la conférence de Michel Serres qui s’intitule: “Les nouvelles technologies : révolution culturelle et cognitive”. Pour lui, avec les nouvelles technologies nous ne sommes plus dans le même espace. Par conséquent, il est urgent de réinventer toute une série de concepts qui ne tiennent plus la route une fois dans le cyberespace : les états, les lois ... et bien sûr l'éducation. Les nouvelles technologies ont poussé l'homme à externaliser sa mémoire. Il nous faudra donc être inventifs, intelligents, transparents pour être des acteurs de cette nouvelle période de l'Histoire. Ce postulat permet de mieux comprendre combien il est important de réussir à ce que les capacités transversales “représentent une part importante du bagage dont chaque élève devrait être muni au cours de sa scolarité obligatoire ”.
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